L’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte représentent des périodes cruciales dans la construction sociale et identitaire. Les jeunes traversent alors de nombreux changements physiologiques et affectifs tout en s’adaptant à leur environnement familial, scolaire et social. Ces transitions, bien que naturelles, peuvent exposer certains adolescents à des risques psychologiques importants.
Globalement, les jeunes se perçoivent en bonne santé. Pourtant, les données récentes de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) et de Santé publique France montrent une augmentation notable des troubles anxieux, dépressifs et des pensées suicidaires chez cette population. Par exemple, 14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentent un risque élevé de dépression. De plus, plus de la moitié des élèves déclarent régulièrement des plaintes psychologiques ou somatiques, comme des difficultés à s’endormir, la nervosité, l’irritabilité ou des douleurs physiques. En 2023, près de 936 000 jeunes ont bénéficié d’un remboursement de psychotropes, soit une hausse de 18 % par rapport à 2019.
Les facteurs de vulnérabilité chez les jeunes
L’adolescence est une phase de transition marquée par :
- Des changements hormonaux et physiques ;
- L’évolution de la vie affective ;
- La construction de l’identité ;
- L’acquisition progressive d’autonomie et d’indépendance ;
- La recherche d’intégration sociale et le développement d’amitiés ;
- La pression scolaire et les choix d’orientation professionnelle.
À ces facteurs s’ajoutent les effets des réseaux sociaux, qui peuvent amplifier le mal-être, en particulier chez les jeunes vulnérables. Les algorithmes exposent parfois les adolescents à des contenus inadaptés, par exemple en promouvant des standards de beauté irréalistes.


L’importance de détecter et de prendre en charge le mal-être
Lorsqu’un mal-être est repéré rapidement et accompagné, il peut être temporaire. En revanche, s’il s’installe dans la durée, il peut évoluer vers des troubles plus sévères, tels que :
- La dépression : tristesse persistante, perte d’intérêt ou de motivation, troubles du sommeil, irritabilité, idées noires.
- Les troubles anxieux : anxiété excessive face aux situations du quotidien, phobies ou troubles obsessionnels compulsifs (TOC).
- Les troubles des conduites alimentaires (TCA) : anorexie, boulimie ou autres comportements alimentaires problématiques.
- Les troubles addictifs : consommation excessive de substances (alcool, drogues, tabac) ou comportements compulsifs, comme les jeux vidéo ou les jeux d’argent.
- Les troubles schizophréniques : désorganisation de la pensée, retrait social, difficultés scolaires ou perte de contact avec la réalité.
- Les comportements autodestructeurs : scarifications ou autres blessures volontaires.
Dans les situations les plus préoccupantes, ces difficultés psychiques, associées à un profond sentiment de détresse ou d’impuissance, peuvent conduire à des idées suicidaires, voire à une tentative de suicide. C’est pourquoi une prise en charge précoce constitue un levier essentiel de prévention.
Repérer les premiers signes, adopter une écoute bienveillante, trouver les mots adaptés et orienter le jeune vers un professionnel compétent (psychologue, médecin, Maison des Adolescents, etc.) permettent de limiter l’aggravation des troubles et d’en réduire les conséquences à l’âge adulte. Une détection précoce contribue ainsi à préserver durablement la santé physique, mentale et sociale des adolescents.
Comprendre le harcèlement et le cyberharcèlement pour agir
Le harcèlement scolaire désigne une situation où un élève subit de manière répétée des actes négatifs de la part d’un ou plusieurs camarades. Ces comportements peuvent être physiques (frapper, pousser, pincer), verbaux (menaces, insultes, moqueries) ou psychologiques (rejet, gestes menaçants, refus d’accès à certaines activités).
Le psychologue Dan Olweus identifie trois dimensions qui distinguent le harcèlement des autres violences :
- Le pouvoir : un rapport de force entre l’agresseur et la victime.
- La fréquence : les agressions se répètent dans le temps.
- La nature des agressions : elles peuvent être physiques, verbales ou relationnelles.
Les caractéristiques du harcèlement en milieu scolaire
- Violence : domination ou intimidation d’un élève par un ou plusieurs autres.
- Répétitivité : les agressions se produisent régulièrement.
- Isolement de la victime : souvent plus faible ou moins capable de se défendre, elle se retrouve isolée.
Le harcèlement repose fréquemment sur la stigmatisation de différences comme : l’apparence physique, le sexe ou l’identité de genre, l’orientation sexuelle, un handicap, des troubles de la communication, l’appartenance à un groupe culturel ou social, ou encore les centres d’intérêt.
Qu’est-ce que le cyber harcèlement ?
Le cyber harcèlement est une extension du harcèlement via les outils numériques : réseaux sociaux, messageries, forums, jeux en ligne, emails. Il se définit comme un acte agressif et intentionnel, répété, commis par un individu ou un groupe, à l’encontre d’une victime qui ne peut facilement se défendre.
Parmi ses formes, on retrouve :
- Insultes, moqueries et menaces en ligne ;
- Propagation de rumeurs ;
- Piratage de comptes et usurpation d’identité digitale ;
- Création de groupes ou pages visant à harceler un camarade ;
- Diffusion de photos ou vidéos humiliantes ;
- Sexting non consenti (diffusion de contenus intimes sans l’accord de la personne concernée)
Les conséquences du harcèlement
Le harcèlement, classique ou numérique, peut avoir des effets graves et durables : isolement, perte d’estime de soi, décrochage scolaire, troubles alimentaires, mal-être profond, voire conduites suicidaires. Avec le cyber harcèlement, la menace s’étend en dehors de l’école et expose la victime 24h/24, aggravant son isolement et son sentiment d’insécurité.

Que faire en cas de cyber harcèlement ?
- Ne pas répondre aux messages ou commentaires pour éviter d’alimenter la situation.
- Parler à un tiers de confiance : famille, amis, enseignants ou personnel scolaire.
- Conserver les preuves : captures d’écran, messages et informations sur l’auteur.
- Sécuriser les comptes : modifier les paramètres de confidentialité, bloquer ou bannir les harceleurs.
- Signaler les contenus sur les plateformes concernées (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, etc.).
- Contacter la police ou la gendarmerie via la Plateforme numérique d’accompagnement des victimes (PNAV) pour un soutien immédiat.
- Déposer plainte au commissariat, à la gendarmerie ou auprès du procureur, avec les preuves collectées. L’association France Victimes (116 006) peut accompagner gratuitement ces démarches.
Numéro utile
Pour toute situation de cyberharcèlement, il est possible de contacter le 3018, une ligne nationale gratuite et confidentielle ouverte 7 jours sur 7, de 9h à 23h. Ce service propose écoute, conseil et intervention auprès des réseaux sociaux pour supprimer les contenus préjudiciables.
Sources
Ministère du travail et des solidarités : Santé mentale des jeunes : restons à l’écoute | solidarites.gouv.fr | Ministère du Travail et des Solidarités
PSSM France : Comment aider son ado qui va mal ? PSSM France
Ministère de l’éducation national : Qu’est-ce que le harcèlement ? | Ministère de l’Education nationale
Cybermalveillance.gouv.fr : Que faire en cas de cyberharcèlement ou harcèlement en ligne ? – Assistance aux victimes de cybermalveillance
Santé mentale info service : Les lignes d’écoute | Santé mentale